Extrait :

Début du guide de visite de l’Espace Historique et Légendaire

1/ Un musée dans un lieu historique:

Bienvenue dans le duché de Joyeuse, cité des Ducs de Joyeuse. Cité ducale selon l’histoire, cité de Charlemagne selon le légende, Joyeuse est une cité médiévale qui est devenue une rayonnante cité sous la Renaissance. Ville libre, affranchie de la tutelle seigneuriale en 1235, Joyeuse verra sa ville basse se fortifier de remparts en 1381. Rebelle, Joyeuse la révolutionnaire deviendra rapidement Joyeuse la républicaine à la fin du XVIIIème. Devenue au XIXème un centre important pour le commerce et l’industrie de la sériciculture,  cette ancienne capitale de la soie est aujourd’hui une cité touristique, chef-lieu de canton, labellisée station verte. Un centre touristique dont vous pourrez découvrir le charme au cœur de l’Ardèche Méridionale et dont nous vous proposons de visiter l’histoire au cours de cette visite qui dura 45mn. Les locaux très anciens dans lesquels vous venez d’entrer, se situent dans les niveaux inférieurs de salle de la Peyre qui était autrefois la salle de pesage ou encore appelée salle des poids publics, dans laquelle on procédait au pesage des cocons pour le filage de la soie.

2/ Du hall à l’entrée de l’Espace Historique:

Vous entrez dans un espace à explorer le temps,  composé de  salles thématiques que vous allez découvrir. Vous allez vivre un voyage dans le temps, à la rencontre de l’histoire et des légendes de la cité médiévale de Joyeuse. Comme vous le verrez, l’histoire de Joyeuse est incroyablement riche, elle est pétrie d’évènements et de l’ascension de quelques uns des enfants qu’elle a porté. A Joyeuse, l’histoire locale décline la grande histoire de France. A Joyeuse l’histoire et la légende se rencontrent, se complètent, se marient. Parfois c’est la légende qui devient patrimoine historique, comme la fondation de Joyeuse par Charlemagne, d’autrefois c’est l’histoire qui devient légendaire comme celle du général d’empire Pierre Chabert, colonel à Eylau, que popularisa Balzac dan son fameux roman adapté à plusieurs reprises au cinéma : « Le colonel Chabert ».

En entrant vous remarquerez sur votre gauche une fresque représentant Anne de Joyeuse, qui donna son titre de duché à Joyeuse, personnage très influent à la cour du roi de France au XVIème siècle, il était duc, grand amiral et beau-frère du Roi Henri III, s’il vous plait. D’ailleurs, il était  plus que cela car il se prénommait Anne, et Monseigneur Anne de Joyeuse, n’avait pas seulement que son prénom de féminin, puisqu’il était l’archi mignon du roi Henri III. Un peu plus loin sur votre gauche vous observerez une pièce très rare, l’un des fauconneaux (petit canon d’époque Renaissance) qui assuraient la défense du château ducal au XVIème siècle. Juste à côté vous découvrirez une stèle qui vous relate la légende de la fondation de Joyeuse par Charlemagne. En complément un panneau vous expliquera les origines de cette légende dorée.

Juste en face sur votre gauche en entrant, vous découvrirez la reconstitution fidèle de la cellule où fut enfermé François Boissel, un acteur de la révolution française, natif de Joyeuse. Vous verrez et vous entendrez, c’est un personnage haut en couleur, aux idées particulièrement décapantes. Pensez qu’elles ont été exprimées, il y a deux cents ans. Avec Boissel, nous sommes de plein pieds dans l’histoire de France et dans l’histoire des idées puisque Jaurès considérait Boissel comme le père des idées socialistes et qu’il est présenté dans les milieux spécialisés en histoire politique comme le premier communiste au monde.

3/ La terrasse du bas (l’Empire) :

Vous découvrez en haut de l’escalier la maquette d’une statue que l’on doit au sculpteur ardéchois Marion. Elle représente Marc Cousin, né André Rivière. Qui était ce Marc Cousin ? Vous connaissez peut-être Cadenet, petit village au cœur du Lubéron et de la Provence. Cette commune est célèbre pour sa statue qui commémore le souvenir de l’un de ses enfants André Estienne (1777-1838) qui fut tambour au pont d’Arcole. Mais Etienne n’était pas seul ce jour là à affronter la mitraille, à ses côtés se tenait un enfant de Joyeuse : Marc Cousin né André Rivière le 24 avril 1777 de père inconnu. Reconnu ensuite par André Cousin, docteur en droit et avocat à Joyeuse, il devint Marc Cousin. Au moment de la levée en masse, à quinze ans seulement, Marc Cousin s’engagea comme tambour à cause de son jeune âge le 21 novembre 1792 au 2ème bataillon de la Haute-Garonne. Le 27 brumaire de l’an V il était sur l’Adige contre les autrichiens. La bataille était indécise, lorsque Bonaparte fit croire à l’ennemi une charge de cavalerie par un grand bruit de tambours et trompettes, qui donna la victoire aux armées de la République. Notre Marc Cousin était donc aux côtés d’André Etienne. Il prit part aux campagnes des armées napoléoniennes, celles d’Italie, de la Grande Armée puis de l’armée d’Espagne. On retrouve encore sa trace en 1830 lors de l’expédition d’Alger. Il fut inhumé sous le second empire dans le cimetière de Joyeuse.

A propos de l’Empire, il nous faut évoquer un autre enfant de Joyeuse qui lui va avoir une formidable ascension sociale. Il s’agit de Pierre Chabert, fils de boulanger, placé très jeune en domesticité, il s’engagea comme volontaire dans les armées de la République, 9 jours avant la bataille Valmy. Il connut une ascension sociale fulgurante à la faveur de l’épopée Napolienne, puisqu’il apprit à lire et à écrire dans les armées en campagne et qu’il gravit tous les échelons depuis celui de simple soldat jusqu’à celui de général de division, aide de camp de Jérôme Bonaparte lorsqu’il était roi de Westphalie puis chef d’état major de celui-ci lors de la campagne de Russie, on le retrouve au combat jusqu’aux derniers jours de l’empire lors de la bataille de Paris. Epousant Melle Boely, la fille d’un maître de musique de Louis XVI, l’ancien valet fut ennobli par Louis XVIII et devint baron sous la Restauration.

Qu’en est-il de la relation entre le Chabert de Joyeuse et celui de Balzac ?

L’histoire du  personnage central du roman du célèbre écrivain français, est celle  du soldat disparu  qui à son retour trouve sa femme  vivant avec un autre homme. Ce type de récit remonte aussi loin qu’Agamemnon mais des cas réels ont abondé sous la République et l’Empire. Notamment parmi eux le général d’Ornano qui fut porté pour mort et enterré pendant la campagne de Russie. Revenu à lui, il fut recueilli et ramené en France dans le landau de l’empereur; mais pour le reste son histoire diffère beaucoup de celle de Balzac.

Comme beaucoup d’écrivains, Balzac tirait l’inspiration  de son œuvre des faits de son époque, et bien souvent des faits divers. On peut donc penser que Balzac ai pu être frappé par un cas qu’il aurait personnellement connu, mais il n’est pas facile de l’identifier. Plusieurs  Chabert ont existé sous l’Empire, mais au jeu de l’identification  aucun ne présente autant d’analogies avec le personnage de Balzac que le général Pierre Chabert de Joyeuse. Citons les :

  • Tous les deux sont issus d’une origine modeste.
  • Tous deux connaîtront une fulgurante ascension sociale grâce aux bouleversements de la Révolution et de l’Empire, qui leur apporteront  un nom, un grade et un titre.
  • Alors que le général Pierre Chabert est baron, le personnage de Balzac est COMTE , colonel de la Garde impériale, ce qui lui donne le rang de général.
  • Le personnage de Balzac serait né vers 1770 or Pierre Chabert est né en 1770.
  • Pierre Chabert participa à la bataille de Eylau, celle-là même où le Chabert de Balzac se fit enterrer vivant.

Par contre Pierre Chabert n’a pas disparu comme le héros de la nouvelle.  Divers indices aiguillent plutôt les  recherches non vers Eylau, mais vers la Russie, et en particulier vers un autre officier de l’empire, le général de Saint-Geniès, disparu en 1812 près d’Ostrowno, et porté comme mortellement blessé dans le Bulletin de la grande Armée. Revenu en France en 1814, il n’est plus qu’un demi-solde, établi près de Tours, puis près de Vouvray… où Balzac avait des amis, qui peuvent lui avoir parlé de ce « mort-vivant ».

Alors ? Balzac s’est-il inspiré de ce fait divers pour le revêtir d’éléments biographiques empruntés à la personnalité d’un Pierre Chabert qu’il aurait rencontré à Besançon en 1830 ?  La question reste posée. Toujours est-il qu’au jeu de l’identification, les éditions Gallimard cite Pierre Chabert dans la préface de la dernière réédition du Colonel Chabert…

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